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Position face au COVID-19

Position face au COVID-19

« Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. » Ces mots de Paul Valéry, datant de 1919 (La Crise de l’esprit), font étrangement écho à ce que nous vivons actuellement.

La situation présente montre notre extrême vulnérabilité. Nous, civilisations, qui nous pensions si puissantes, si invincibles, nous révélons dans notre intense nudité.

Nous, civilisations, nous pensions que notre modèle occidental fait de progrès techniques et technologiques, de mérite intellectuel et économique, de classification et de rationalisation, nous mettait à l’abri de la Nature, de son fonctionnement et de sa complexité. Comme « maîtres et possesseurs de la nature ».

Or, notre système anthropocentrique, c’est-à-dire notre paradigme de pensée qui place l’Homme – souvent blanc, occidental et privilégié – au centre de l’univers montre toutes ses limites et sa fragilité. En effet, malgré notre intelligence soi-disant supérieure, nous nous révélons désorganisés, avec des réponses politiques nationales et internationales aussi diverses que contradictoires. Le système économique, intellectuel et politique que nous avons érigé durant toutes ces années, basé sur l’exploitation et la domination de la nature, du vivant, des hommes et femmes comme des ressources naturelles, ne pourra, à terme, que nous conduire à notre perte.

Que voulons-nous faire face à ce moment si étrange ?

Entre utopie et mysticisme, les réjouissances face à la « victoire de la nature » qui « reprend ses droits » nous apparaissent comme autant de déceptions futures, et nous amènent à des questionnements philosophiques et éthiques plus profonds.

Car si la « nature reprend ses droits », c’est qu’elle n’en avait plus l’usage. Mais, que sont les droits de la Nature? Le fait d’accorder et de personnifier les écosystèmes comme nous le faisons, n’est-ce pas purement et simplement de l’anthropocentrisme? De même, comment interpréter et analyser cette soudaine passion pour les « travailleurs essentiels », habituellement ignorés voire méprisés par les forces politiques et économiques?

Ce que nous espérons aujourd’hui, c’est la construction d’une autre « normalité » que celle qui existe. Nous voulons de profonds changements politiques et économiques afin de repenser et de reconstruire le paradigme dans lequel nous évoluons.

Nous voulons que toutes les mesures nécessaires soient mises en place afin de protéger un environnement dont nous sommes entièrement tributaires, et non pas supérieurs. Nous désirons que les secteurs, traditionnellement oubliés des politiques et des considérations économiques, à savoir la santé, l’éducation, l’agriculture ou encore la culture, soient revalorisés de façon conséquente et pérenne. Nous avons vu l’importance de tous ces acteurs pour le fonctionnement de nos sociétés. Et nous avons pris conscience de la nécessité de les outiller au mieux que nous pouvons, dans une perspective de Bien Commun.

Évitons le retour à l’anormal. Nous avons notre rôle à jouer et tant que consommateurs, mais aussi en tant qu’acteurs. Nous devons rester vigilants face à la relance économique qui va être mise en place par les gouvernements du monde, qui vont utiliser la crise comme prétexte pour faire abstraction des normes environnementales et faire fi des droits sociaux. La croissance ne sera plus génératrice de progrès mais fera désormais le lit de l’appauvrissement puis de la destruction de notre planète et de ses habitants. La productivité ne se réalise qu’au travers de l’exploitation des ressources naturelles et humaines. Ces ressources sont désormais limitées et la terre entière vit sur un crédit sans cesse rejeté sur les générations futures.

Notre mobilisation est plus que cruciale et pertinente dans ces temps d’incertitude, afin que cette crise débouche sur du positif, et aboutisse à l’avènement de l’humilité sincère des humains. Notre avenir n’existera uniquement si nous parvenons à changer les mentalités de consommation de nos contemporains et si nous fermons la porte à la surexploitation d’une planète en souffrance. Le COVID n’est là que pour nous surligner notre extrême fragilité et l’énorme responsabilité que notre inaction aujourd’hui entraînera demain.

Mélissa Planet

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