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Chronique – L’étiquetage obligatoire des OGM : une question d’éthique et de justice

Chronique – L’étiquetage obligatoire des OGM : une question d’éthique et de justice

Le 18 avril dernier, Vigilance OGM a lancé la campagne « Exigez l’étiquetage ! » en faveur de l’étiquetage obligatoire des OGM au Québec. La campagne revendique le droit de savoir ce qui se trouve dans nos champs et nos assiettes. Elle s’inscrit d’une part dans le mouvement nord-américain en faveur de l’étiquetage des OGM et d’autre part dans le mouvement mondial en faveur d’une agriculture plus locale et moins chimique.

 

Pourquoi une campagne sur l’étiquetage obligatoire au Québec ?

En 1995, le gouvernement du Canada a approuvé pour la première fois des organismes génétiquement modifiés (OGM) à des fins de culture et de consommation. C’est ainsi que le maïs, le soya, le canola et la betterave à sucre (blanche) génétiquement modifiés (GM) ont fait leur apparition dans nos champs. Créées pour produire leur propre insecticide, pour résister à des herbicides ou les deux, ces cultures exploitées massivement en Amérique du Nord ont permis aux cinq multinationales des biotechnologies d’accaparer le marché des semences et des pesticides. [1] Après 20 ans, alors qu’aucun mécanisme de traçabilité et d’étiquetage n’a été mis en place, il reste bien des questions sans réponses quant aux impacts des OGM sur notre santé, notre environnement et notre économie.

 

Un mouvement qui prend de l’ampleur

Alors que soixante-quatre pays [2] possèdent déjà l’étiquetage obligatoire des OGM et que l’état du Vermont [3] aux États-Unis a adopté en 2014 un projet de loi sur l’étiquetage obligatoire des OGM – qui entrera en vigueurdès le 1er juillet 2016 – on constate la croissance d’un mouvement mondial en faveur de la transparence et d’un meilleur contrôle des cultures GM. Depuis l’adoption du projet de loi du Vermont, six multinationales de l’agroalimentaire [4] – Campbell soup, General Mills, Kellogg’s, Mars, ConAgra Food et Nestlé – ont décidé d’adopter l’étiquetage des OGM sur leurs produits pour tous les états des États-Unis, plutôt que pour le seul Vermont. De plus, ces compagnies revendiquent un étiquetage obligatoire fédéral aux États-Unis, afin de prévenir les dépenses que des projets de loi dans plusieurs états engendreraient pour elles. On réalise ainsi que le petit état du Vermont, qui ne constitue que 2,8% de la population étatsunienne, est non seulement le premierterritoire en Amérique du Nord a adopter l’étiquetage obligatoire, mais influence toute l’industrie agroalimentaire.

 

Une agriculture en transformation

Le Canada est un des cinq plus grands producteurs d’OGM au monde, et, seulement au Québec, il y a plus d’OGM ensemencés que dans 177 pays dans le monde! [5] Il s’agit principalement de maïs et de soya ensemencés dans la région de la Montérégie. Toutefois, on constate que les surfaces ensemencées d’OGM au Québec ont diminué en 2015 [6]. On continue aussi d’assister à une hausse du secteur biologique, qui était déjà de 66,6% entre 2001 et 2006. [7] Au Québec, on réalise que l’agriculture est en transformation alors que la demande pour des produits locaux, de saison et biologiques est en croissance ainsi que le nombre d’agriculteurs qui enregistrent des bénéfices plus importants pour le non GM [8]. On réalise aussi qu’on enregistre un nombre record de démantèlement de fermes [9], en simultané avec une hausse de 300% du nombre d’inscriptions dans l’unique programme de formation en agriculture biologique au Québec [10].

 

Les OGM et les pesticides : des impacts significatifs sur notre environnement

Les OGM aujourd’hui commercialisés favorisent l’utilisation des pesticides, notamment du glyphosate, dont les ventes au Québec ont augmenté de 71% entre 2006 et 2012 [11]. Cela a des effets négatifs sur la biodiversité ainmale et végétale, l’eau et les sols. Les larges épandages de pesticides sur les cultures GM ont aussi pour impact le développement de résistances chez les insectes et les « mauvaises herbes ». Au Canada, on répertorie déjà 50 insectes [12] et 100 « mauvaises herbes » [13] ayant développé des résistances. Cela contribue à diminuer l’efficacité des pesticides et à inciter les utilisateurs et utilisatrices à en augmenter l’usage. Dans les dernières années, ce cercle vicieux a entraîné la développement de « super mauvaises herbes », telle que l’Amarante de Palmer, [14] et la création de nouveaux OGM résistants au 2,4D et au Dicamba, des herbicides encore plus puissants que le glyphosate [15]. Cela contribue à augmenter les dépenses des agricultrices et agriculteurs pour des pesticides et de nouvelles semences.

 

Des liens étroits avec plusieurs problèmes de santé

Il n’existe pour l’heure aucun consensus scientifique sur les impacts directs des OGM sur la santé, bien que des études aient révélé des signes de toxicité des OGM Bt, sur les reins et le foie par exemple, et que des préoccupations aient émergé par rapport aux allergies. Néanmoins, les impacts des pesticides sur la santé ont quant à eux été bien démontré. En 2015, le glyphosate, principal ingrédient de la formule Roundup de Monsanto, a été catégorisé cancérigène probable chez l’humain (catégorie 2A) par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC/IARC). Des liens entre les pesticides, surtout le glyphosate, et la maladie de Parkinson, des perturbations endocriniennes, des troubles neurologiques (notamment le TDAH), des anomalies congénitales, l’autisme et l’infertilité ont aussi été démontrés. [16]

 

Les OGM et la contamination

L’étiquetage des OGM constitue une partie importante de la solution face aux problématiques amenées par les cultures GM. Toutefois, d’autres solutions doivent être considérées, notamment afin d’éviter la contamination par les OGM. Cela constitue effectivement une menace pour les agricultrices et agriculteurs biologiques, qu’ils soient certifiés ou non. En avril 2016, un petit nombre de semences de luzerne GM – approuvée en 2014 par Santé Canada – a été vendu pour la première fois au pays. La luzerne est une culture importante pour les fermes familiales partout à travers le Canada et la production de plusieurs aliments biologiques. Les risques de contamination avec de la luzerne GM sont très élevés parce que la luzerne est une plante pérenne pollinisée par les insectes, notamment les abeilles, avec de très petites graines. [17] Des cas de contamination ont déjà eu lieu. En 2009, notamment, le Canada s’est vu interdire d’importer du lin en Europe à la suite d’un problème de contamination survenu dans 35 pays. [18]

Pour agir face à la luzerne GM : http://rcab.ca/Ressources/Topics/GE-Crops-and-Foods-Not-on-the-Market/La-luzerne

 

Étiqueter pour le droit de savoir et de choisir !

L’étiquetage des OGM ne résoudrait pas tous les problèmes associés aux OGM. Toutefois, cela permettrait d’offrir le libre choix aux Québécois et Québécoises de consommer ou non des OGM en toute connaissance de cause et aux scientifiques de tout acabit de mieux documenter les impacts environnementaux, sanitaires et économiques des OGM. Le Québec, qui a été la première province canadienne à mettre en place la certification des produits biologiques en 2005, semble avoir tout le potentiel pour se distinguer et influencer tout le reste du Canada à s’orienter vers l’étiquetage obligatoire des OGM! Faisons ensemble du Québec la première province du Canada et le deuxième territoire en Amérique du Nord à obtenir l’étiquetage obligatoire!

Pour appuyer la campagne :
www.etiquetageogm.org

Pour en savoir plus sur les OGM :
www.enqueteogm.ca

 

Par Marie-Neige Besner, responsable des communications pour Vigilance OGM

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