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Parlons poubelles (et recyclage aussi)!

Parlons poubelles (et recyclage aussi)!

La Ville de Québec a annoncé vers la fin mars une série de nouvelles dispositions visant les services offerts aux citoyens des quartiers les plus denses. En gros, on retire les bacs bleus de 64 L, maintenant, on utilisera des sacs de plastique. Dans les quartiers denses comme St-Jean-Baptiste, les sacs devront être sortis entre 17h et 19h, les camions passeront entre 19h à 21h. Pourquoi ces changements? La Ville pense régler plusieurs problèmes comme le faible taux de participation au recyclage dans les quartiers centraux, la contamination de la matière par la pluie et la neige et l’éparpillement dû au vent, les émissions de GES, la congestion routière lors du passage des camions de collecte, etc. On sait pourtant que les résidents des quartiers centraux ne sont pas ceux qui se déplacent en voiture dans le centre-ville. Ces mesures visent surtout à accommoder les automobilistes des banlieues, en faisant fi du bien-être des résidents locaux. Comment une personne qui travaille le soir va s’organiser pour sortir son recyclage à l’heure? Pourquoi passer dans nos rues étroites et résonnantes à l’heure où l’on soupe ou couche les enfants? Il semble clair que par-dessus tout, la Ville a une vision économique de l’affaire et veut à tout prix réduire les frais liés à la collecte, au détriment de la qualité de vie des citoyens et citoyennes des quartiers centraux.
Cette annonce a été faite aux résidents discrètement vers la fin mars, soit à peine quelques semaines avant la mise en place des nouvelles mesures. Les résidents ont vite relevé les lacunes de ce plan et plusieurs dénoncent la nouvelle obligation de se procurer des sacs jetables, ce qui contraire au principe fondamental de réduction à la source. On fait aussi mention du problème de la vermine qui détruit les sacs et des impacts que l’utilisation des sacs aura sur les valoristes qui devront probablement les déchirer dans la frénésie du soir de collecte. Cependant, c’est le manque d’égard pour l’avis citoyen qui semble susciter le plus de grogne, car il faut souligner que ni les résidents, ni les groupes environnementaux, n’ont été invités à travailler avec les élus et employés municipaux sur ces nouvelles dispositions.
La situation de Québec, avec des quartiers centraux densément peuplés, est loin d’être unique. Ici, comme ailleurs, le manque d’espace pour entreposer les matières influence grandement la participation ou non au recyclage. Québec juge que le sac de plastique permet de stocker plus de matières que le panier bleu (100L vs 64L), ce qui devrait encourager les gens à recycler. En quoi 100L de matière prend moins de place que 64L dans un logement? En Europe, les quartiers fortement peuplés disposent de points de chute. Ceux-ci consistent en plusieurs conteneurs qui sont souvent semi-enfouis afin de minimiser leur empreinte. Ils sont situés de façon à être très facilement accessibles à pied par tous les utilisateurs visés. Dans plusieurs cas, des sacs réutilisables (et non jetables!) sont distribués par les autorités locales.
Cette saga bourgeonnante pourra bientôt servir de cas-école pour exemplifier un sérieux faux-pas dans la gestion et l’implémentation de mesures de gestion des matières résiduelles. Espérons que la Ville de Québec comprendra l’importance de la contribution citoyenne à ces décisions importantes, et ne sous-estimera plus l’intérêt populaire pour parler de poubelles. En analysant l’argumentaire de la Ville, il semble que les préoccupations environnementales tombent bien loin derrière le désir de réduire les coûts à tout prix, quitte à promouvoir des pratiques contraires au développement durable. Ces décisions nous rattraperons tôt ou tard et finirons par coûter cher à tous les niveaux.

Par Colin Jacob-Vaillancourt,
Membre des AmiEs de la Terre de Québec

 

Cet article a été publié dans le journal L’Infobourg

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