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La fracturation hydraulique et les eaux usées – impact des gaz de schiste (hydrocarbures non conventionnels)

La fracturation hydraulique utilise d’énormes quantités d’eau : de 2 000 à 20 000 m3 par cycle de fracturation (1). De plus, ce procédé nécessite l’emploi de produits chimiques qui sont toxiques, mutagènes et cancérigènes. L’Évaluation Environnementale Stratégique (ÉES) sur le gaz de schiste : connaissances acquises et principaux constats de janvier 2014, nous indique que parmi les composés organiques semi-volatils détectés lors des essais, on recense des phénols, des alcools benzyliques, des phtalates, des hydrocarbures aromatiques polycycliques, etc., et que les milliers de litres d’eau contaminée par la fracturation hydraulique contiennent des substances dangereuses pour la vie marine et la santé humaine.

Les AmiEs de la Terre de Québec sont perplexes quant au traitement actuel des eaux usées générées par la technique de fracturation hydraulique. Ce sont des milliers de litres d’eaux usées qui sont générées dans des milieux dépourvus d’installations d’épuration et de traitement des eaux capables de les traiter adéquatement. Aussi, il n’y a pas de normes de prétraitement des déchets envoyés aux usines de traitement d’eaux usées municipales, beaucoup d’entre elles ne sont pas conçues pour traiter adéquatement ce type d’eaux usées. L’ÉES mentionne que la qualité des eaux usées dépend de plusieurs facteurs, dont les divers additifs utilisés pour le forage et la fracturation hydraulique. Mais, certains composés comme la microsuspension du complexe alkylaryl poly-o- ester ne sont pas biodégradables et ne peuvent pas être éliminés par le traitement biologique utilisé dans les usines de traitement municipales.  L’ÉES indique que les ouvrages municipaux d’assainissement des eaux présents sur le territoire québécois sont essentiellement des étangs aérés qui ne sont pas conçus pour traiter les eaux de reflux générées par l’industrie du gaz de schiste. Pourtant même si les infrastructures nécessaires ne sont pas en place, l’industrie utilise les services d’assainissement municipaux les plus proches du lieu de forage pour traiter leurs eaux usées. Au préalable, des bassins de décantation sont installés sur le site de forage. Nous tenons à rappeler que de nombreux bassins de décantation fuient. Citons par exemple les fuites des bassins de résidus des sables bitumineux qui contiennent des produits chimiques toxiques et s’écoulent dans la rivière Athabasca et les eaux souterraines. Des fuites de l’ordre de 6,5 millions de litres par jour ont été répertoriées pour un seul bassin de décantation des boues, selon une étude publiée en janvier 2014 dans la revue Environmental Science and Technology. (2)

 De plus, la gestion des eaux usées rejetées après fracturation, que l’on peut comparer au lixiviat, émanant de la percolation des sites d’enfouissement, est généralement exclue par l’industrie de la définition de « fracturation », selon un compendium de données sur l’impact de la fracturation de schiste sur l’eau potable publié par le Pacific Insitute en 2012 (3). Les données présentées dans ce rapport ont été recueillies auprès de l’industrie, des environnementalistes, des agences gouvernementales et de la littérature publiée sur le sujet. La décantation des eaux usées et leur transport font pourtant partie des opérations souvent liées à la contamination de l’environnement. Le rapport cite en particulier une étude gouvernementale de l’État de NewYork qui a démontré que l’opération d’un seul puits de gaz de schiste nécessite en moyenne entre 1 810 et 3 950 trajets de camions pour sa première phase. Aussi, nous soulignons que selon l’ÉES, la réglementation québécoise n’encadre pas de façon spécifique les activités d’élimination des eaux usées provenant des activités de production d’hydrocarbures par injection dans des formations géologiques profondes. Nous sommes en droit de s’inquiéter de ce qui adviendra de la qualité des sources d’approvisionnement en eau, étant donné que des rejets d’eaux usées contenant encore des contaminants toxiques seront déchargés sans traitement approprié dans les rivières et autres cours d’eau.

 Chez nos voisins américains, les eaux usées provenant de la fracturation hydraulique constituent un problème majeur pour l’industrie du pétrole et gaz non conventionnel. Déjà en 2011, une équipe interdisciplinaire de chercheurs en chimie, génie, économie, politiques environnementales et environnement du MIT Energy Initiative ont publié un rapport (4) sur l’avenir du gaz naturel, dont voici la principale conclusion :

« Les plus grands défis concernent la gestion de l’eau, en particulier l’élimination des fluides de fracturation. Cette question est particulièrement préoccupante dans les régions qui n’ont jamais connu de développement gazier et pétrolier de grande envergure. »

 Source: Mémoire  des AmiEs de la Terre de Québec « Vers une réelle transition énergétique », mai 2014.


  1. – PICOT, André, Bilan toxicologique et chimique l’exploration et l’exploitation des huiles et gaz de schiste ou hydrocarbures de roche mère par fracturation hydraulique , Association Toxicologie-Chimie, Paris, 2011.
  2. – FRANK, Richard A. et coll., Profiling Oil Sands Mixtures from Industrial Developments and Natural Groundwaters for Source Identification, Environmental Sciences and technology, 21 janvier, 2014
  3. – COOLEY, Heather, DONNELLY, Christina, Hydraulic Fracturing and Water Resources: Separating the Frack from the Fiction, Pacific Institute, 21 juin 2012
  4. -MONIZ, Ernest J. et coll, The future of natural gas, An Interdisciplinary MIT Study , MIT Energy Initiative, 6 juin 2011
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