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Le glyphosate, cet inconnu qui fait partie de notre quotidien

Le glyphosate, cet inconnu qui fait partie de notre quotidien

par Ariane Gagnon-Légaré, responsable du comité agriculture et alimentation aux ATQ

Connaissez-vous le glyphosate? Les noms Roundup et Monsanto sont peut-être plus familiers?

Créée en 1960, la molécule de glyphosate a d’abord été destinée au détartrage de chaudières industrielles dont elle éliminait les dépôts minéraux. Elle a ensuite servi à la fabrication de l’agent orange, un défoliant utilisé pendant la guerre du Vietnam.

Trêve d’histoire, plus près de nous, le glyphosate est l’ingrédient actif du Roundup, un herbicide à large spectre commercialisé par Monsanto. On le dit à large spectre car il détruit tous les végétaux (ou presque, et aussi les bactéries et champignons). Le glyphosate est intimement lié aux organismes génétiquement modifiés (OGM), puisque, à ce jour, une large part des plantes génétiquement modifiées cultivées dans le monde sont manipulées afin de résister au glyphosate.

Longtemps considéré et promu comme étant inoffensif, un nombre croissant de recherches scientifiques exposent maintenant des effets néfastes du glyphosate sur la santé humaine et celle des écosystèmes.

Le glyphosate a été jugé sûr car il agirait sur un processus chimique présent dans les cellules des plantes, bactéries et champignons, mais pas dans celles des êtres humains. Il est ainsi un puissant antibiotique. Or, l’étude du fonctionnement du corps humain montre de plus en plus comment notre relation symbiotique avec les bactéries que nous portons joue un rôle central dans plusieurs aspects de notre bien-être.

Lancé en 2008, le projet « Human Microbiome » est une initiative de recherche interdisciplinaire dont l’objectif est, d’une part, de caractériser les communautés microbiennes qui peuplent le corps humain et, d’autre part, d’explorer les liens entre ces micro-organismes et la santé humaine. Loin d’être des passagères banales, les bactéries que nous hébergeons produisent des molécules qui sont prises en compte par plusieurs de nos organes, y compris le cerveau. Les bactéries contribuent ainsi au développement de notre système immunitaire, elles fabriquent des neurotransmetteurs auxquels réagit notre cerveau, et sont en relation avec notre cœur et l’ensemble de notre système digestif. Elles nous fournissent une myriade de molécules vitales, dont des vitamines. Des études médicales récentes signalent que le caractère antibiotique du glyphosate pourrait être responsable de plusieurs affections, notamment la maladie cœliaque, soit l’intolérance au gluten, si courante depuis quelques années.

Le glyphosate se lie par ailleurs aux métaux et ce, sans discrimination, qu’il se trouve dans les cellules animales ou végétales, ce qui ouvre la voie à une multitude d’effets collatéraux. Les métaux étant des composantes de base de différentes protéines aux fonctions vitales, le glyphosate pourrait ainsi contribuer à une gamme de maladies chroniques et dégénératives. En somme, il y a de sérieuses raisons de s’inquiéter du rôle qu’exerce le glyphosate sur la santé humaine.

Le glyphosate était aussi considéré comme inoffensif au sein des écosystèmes. On croyait qu’il ne laissait aucun résidu lorsqu’il entrait en contact avec le sol ou la matière organique. Là encore, son utilisation à large échelle et des études montrent les conséquences préoccupantes du recours à cet herbicide. Ainsi, dans une recherche réalisée aux États-Unis, on a retrouvé du glyphosate dans tous les échantillons d’eau prélevés au Mississippi, ainsi que dans la plupart des échantillons d’air analysés. Des études similaires ont été menées au Québec par le ministère de l’Environnement, du Développement durable et des Parcs, qui indiquent que du glyphosate était présent dans 86% des échantillons.

Le glyphosate semble bien présent dans notre environnement. Et il a un impact. Dans le sol, comme dans notre corps, les micro-organismes interviennent dans de multiples processus dans lesquels interfère le glyphosate. Présent dans le sol, dans l’air, il agit aussi sur les plantes vivant librement en nature. Ainsi que sur l’ensemble de la faune, aquatique et terrestre, qui, comme les êtres humains, vivent en interrelation étroite avec des micro-organismes et ont des processus cellulaires impliquant des métaux.

En somme, des études plus poussées et à long terme demeurent bien sûr nécessaires. Mais déjà, celles qui existent dessinent clairement les dangers de disséminer le glyphosate à grande échelle, à tout vent. D’ailleurs, cette question est dans l’air du temps. Le Centre international de recherche sur le cancer qui relève de l’Organisation mondiale de la santé classait récemment le glyphosate en tant que cancérogène, et de son côté l’Union européenne doit cette année renouveler (ou pas) son autorisation du glyphosate. Chez nous, l’Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire du Canada mène une consultation publique sur le sujet. Partagez-y vos préoccupations avant le 12 juin!

Et alors, que faire, en tant que citoyenNE? Des solutions à petite et grande échelles sont à notre portée. Il est toujours pertinent de transmettre nos préoccupations à nos éluEs. Du municipal ou fédéral, les gouvernements ont le pouvoir de réguler les pesticides qui sont utilisés sur leur territoire. En tant que consommatrices, consommateurs, nous pouvons choisir des aliments biologiques, et ainsi éviter les pesticides (dont les herbicides) de synthèse. En évitant les OGM (par ex. en consommant biologique, encore!), dont les principales cultures sont le maïs, le soya et le canola, on réduit son exposition au glyphosate.

Le glyphosate, avec d’autres pesticides, on peut penser par exemple aux néonicotinoïdes, fait partie d’une nébuleuse de problèmes écologiques et sanitaires découlant de notre système de production agroalimentaire. Des enjeux complexes, sérieux, intéressants, vitaux, qui nous interpellent!

Sources
Vigilance OGM, 2015, Guide OGM.
Vrain, Thierry. 2014. Lettre envoyée à la ministre de la Santé du Canada.
Carrier, André. 2013. Le glyphosate : pas si inoffensif que ça!

 

Texte publié dans le Dazibao 82 | hiver 2015

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