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Chronique – Mobilisation

Chronique – Mobilisation

Cela fait déjà trois ans que le printemps érable battait son plein. Moment unique de notre histoire collective, la déferlante vague de mobilisation qui nous avait alors permis d’espérer de profonds changements au Québec s’est petit à petit essoufflée et presqu’éteinte en ce printemps 2014. Que s’est-il passé, mis à part des élections, pour que la flamme qui nous animait disparaisse ainsi?
Nombreux sont celles et ceux qui considèrent que les étudiantEs et les groupes communautaires ont su, en 2011-2012, saisir l’opportunité qui se présentait pour construire cette mobilisation majeure et créer un réel rapport de force avec le gouvernement. Or, il est primordial de reconnaître l’importance du travail qui avait été amorcé les mois précédents mars 2012. Il ne s’agissait pas de saisir une opportunité, mais plutôt de créer un climat favorable à la mobilisation, de préparer le terrain afin d’être prêt, le moment venu, à se mobiliser. Théoriquement, nous ne manquons pas d’outils pour ce faire, mais en pratique, la mobilisation demeure l’un des plus grands défis auxquels nous faisons face, comme groupes écologistes, sociaux ou étudiants, pour en arriver à la transformation sociale et à la transition vers une société écologiste.
Les principes d’éducation populaire et de défense collective des droits prônent le «faire avec et pour les gens». À petite échelle, cela s’applique relativement bien : nous avons tendance à nous tourner vers nos membres et nos partenaires qui sont déjà sensibles à la cause que nous défendons. Or, pour qu’adviennent des changements majeurs, nous nous devons de viser plus large, de chercher à rejoindre un plus grand pan de la population.
En général, ce qui va amener un individu à se mobiliser pour une cause quelconque est son intérêt personnel : augmentation des frais de scolarité, abolition du service de compostage communautaire, dégradation de la qualité de l’air ou de l’eau, présence d’OGM dans ses aliments, etc. Ainsi, c’est souvent pour répondre à un besoin personnel que nous nous mobilisons d’abord, pour ensuite mener une action collective qui transcende nos seuls intérêts. Saul Alinski, sociologue américain du XXe siècle, soutenait que trois piliers sont nécessaires à la mobilisation : l’intérêt propre des personnes, le fait qu’elles aient du pouvoir et le dernier mais non le moindre, l’ennemi! Il est donc fort utile de trouver le plus petit dénominateur commun qui permettra une adhésion plus large, de présenter nos messages de façon positive invitant à l’action concrète et d’avoir défini la cible de nos actions.

Le printemps érable avait clairement identifié sa cible, l’avait personnalisé et polarisé au maximum en la personne de Jean Charest. Les élections qui ont suivis et leurs dénouements ont eu pour effet de déstabiliser les militants et les militantes à qui les nouveaux élus avaient promis ciel et terre.

Aujourd’hui, force est de constater que malgré certains gains (fermeture de l’usine nucléaire Gentilly-2, par exemple) bien peu de choses ont changé et que les revendications d’alors sont toujours d’actualité. Est-ce dû à un essoufflement des forces vives? Il est clair, en tout cas, qu’un momentum est difficile à soutenir dans le temps. Par contre, il est bénéfique de profiter des périodes plus calmes pour préparer la prochaine vague de mobilisation!
Pour une lutte citoyenne dynamique et réussie, Saul Alinski nous proposait une série de conseils dont quelques-uns que voici :
• Le pouvoir n’est pas seulement ce que vous avez, mais également ce que l’ennemi croit que vous avez. Souvent, la menace va effrayer davantage que l’action elle-même. Ainsi, des actions d’éclats et surprenantes qui annoncent d’autres actions plus «musclées» déstabiliseront l’ennemi. Il importe de maintenir la pression en se dotant de tactiques différentes, novatrices qui sortent du «champ d’expertise» de nos adversaires.
• L’humour est l’arme la plus puissante dont on dispose, car il est pratiquement impossible de riposter sans se rendre ridicule. Pensons ici à des slogans faits de jeux de mots, des caricatures, des chansons ou du théâtre parodique. Nous y prendrons assurément du plaisir, élément essentiel pour maintenir notre motivation. Comme le disait Alinski, l’ennui est l’ennemi de la mobilisation.
• Une attaque ne peut réussir que si vous avez une solution toute prête et constructive à vos revendications. C’est ce que font les AmiEs de la Terre de Québec en faisant de la défense de droits (manifestations, pétitions, etc.), mais en proposant des alternatives aux modèles actuels : projets d’agriculture urbaine, bonification et élargissement du système de consignation, investir dans l’efficacité énergétique au lieu d’exploiter les gaz de schiste, etc.

Certaines idées reçues sur la mobilisation peuvent en rebuter plus d’unE, c’est pourquoi cela vaut la peine de présenter différentes possibilités d’implication. Notre époque hyper technologique a, certes, énormément de défauts, mais elle nous donne aussi de nouveaux outils pour faciliter la mobilisation : les réseaux sociaux! Distribuer des tracts ou faire du porte à porte demeurent de bonnes façons de rejoindre les gens qui sont en dehors de notre cercle habituel, mais le web 2.0 nous offre des opportunités à ne pas négliger. Relayer un message sur Facebook ou sur Twitter peut être tout aussi efficace que de poser des affiches. Faire des appels téléphoniques est aussi important que de peindre une bannière ou de choisir la musique qui accompagnera la manifestation. Bref, tout un chacun peut certainement trouver sa place dans la construction d’une mobilisation, il suffit de prendre l’espace qu’il nous faut pour le faire.
Les AmiEs de la Terre de Québec vous invitent chaleureusement à rester à l’affût de ce qui se passe dans vos quartiers, votre municipalité, votre région et même au-delà. De grandes menaces écologiques sont déjà en train de gagner du terrain et de nombreux groupes travaillent à les freiner. Ces derniers ont besoin d’idées, d’appuis, d’encouragements, de solidarité et surtout de personnes créatives et motivées pour y arriver.

 

Chronique rédigé pour le Dazibao de l’été 2014, par Estelle Richard, membre du collectif de travail des ATQ.

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